Gestalt Thérapie : Explorons ensemble vos besoins, durant un premier contact par téléphone - 06 11 24 15 40
Éveilleurs de Conscience
Accompagner avec les mots... Et avec le corps. Dans le "Pourquoi?" avec le "Pour quoi" et aussi avec le "Comment?" Accompagner les prises de conscience.
Frédéric VINOLO
5/8/202416 min read
Éveilleur de consciences
Les mots
J'aime les mots. Dans les accompagnements que je propose, je prends plaisir à écouter, questionner, reformuler, à dialoguer avec les personnes que j'accompagne. J'aime les mots : ils sont une richesse dans les échanges. Pour dire : exprimer verbalement ce que je ressens, et mes envies. Les autres éléments de communication non-verbaux sont tout aussi essentiels – voir plus riches à explorer, en ce qui me concerne - mais je souhaite ici insister sur la beauté et la complexité que les mots apportent dans la communication verbale en séance. Enfin, les éléments de registre que je choisis de développer dans cet article ne sont pas absolus : je les utilise ici pour illustrer mon propos et pour partager ainsi, à la fois la complexité de l'humain, et les nuances qui résonnent pour moi lors des accompagnements que je propose.
Plusieurs manières de « Dire avec des mots »
Dire avec des mots. Dans l'entrée en contact, les mots sont souvent un début, une manière de se découvrir petit à petit. Le « dire » est un premier mode de la rencontre. Partager la situation, les événements, les éléments autour de la demande, me sert à entrer en relation avec l'autre. Dans les situations d'accompagnement, le « dire » peut aussi prendre la forme d'un « dire pour se décharger. » Une manière de dire tout de suite et vite : partager vite et sans être vraiment en contact, pour « me débarrasser de cette situation qui m'encombre. » Dans ma posture d'accompagnant, je suis alors plutôt dans une posture de présence. Cela ne modifie ni mon intérêt, ni ma curiosité : la situation décrite conserve toute sa complexité et son intérêt pour moi. J'accueille ce qu'il se dit - par les mots et au-delà des mots. J'observe comment cela se dit et par quoi je suis traversé à ce moment-là. J'accueille aussi que, ce qui se dit, le soit sans que le contact n'existe vraiment avec moi, en tant que sujet. Je suis alors un réceptacle à ce qu'il se dit : je propose simplement ma posture contenante.
Il existe une autre forme de dire, qui se construit avec l'alliance et la confiance : le « Dire pour être entendu. » Dans cette forme-là, je deviens sujet : je suis le coach, le thérapeute, l'homme qui est présent. La cliente ou le client ont conscience de ma présence avec eux. Nous sommes dans un « dire à l'autre, ensemble. » C'est en conscience et à moi que ces mots sont adressés : ils me racontent une histoire intime, d'humain à humain. C'est parfois la première fois que cette expérience est partagée avec quelqu'un de vraiment présent, avec un humain « sujet . » Parfois, certains mots sont prononcés pour la première fois, pour qualifier ou décrire une situation vécue. Le « dire pour être entendu » se vit dans la conscience : nous sommes ensemble dans ce moment de partage. Pour ma part, je conserve ma posture de présence : j'écoute et j'accueille. J'ajoute à cela une présence active, au contact de mes ressentis et en interrogeant parfois les ressentis de l'autre : je montre que j'accueille, je suis sous son regard et je me signale. J'interviens peu verbalement, et essentiellement pour rappeler à l'autre que je suis présent et que je l'entends. J'écoute et j'entends ses mots. Et j'interroge son expérience.
Dans ma liste non exhaustive des différentes manières de dire, Je décrirais enfin le « Dire pour dénoncer, et pour traverser, » une situation qui est encore souffrante. En plus de mon engagement de présence - dialogale et corporel - j'ajoute ici un engagement de valeurs et de soutien inconditionnel. Je dévoile mes ressentis et mes émotions sur ce que je vis à l'occasion du partage de l'autre. Je soutiens son expérience - et cela libérera parfois l'accès aux ressentis.
Il est important ici de noter que dans chacune de « ces postures du dire » dans les échanges verbaux en accompagnement, il est pour moi tout un chemin de rencontre et de réappropriation des champs lexicaux exprimés, qui mériterait à lui seul un article : je n'ai pas l'intention d'ouvrir ici le sujet (1).
C'est en effet pour moi un endroit de rencontre, que de demander à l'autre : « Il veut dire quoi pour vous, ce mot que vous utilisez ? » Je ne connais pas à priori sa réalité : même quand l'autre utilise des mots qui me sont connus, j'ai besoin d'interroger cela. Afin que l'autre m'en éclaire sur le sens. Le sens corporel si possible : les émotions et les ressentis que ce mot particulier décrit et porte pour l'autre, en ma présence, et à l'occasion de la séance d'accompagnement.
Le besoin de construire du sens : Pourquoi ?
Dans les demandes d'accompagnement que je reçois, beaucoup de clientes et de clients amènent avec eux et avec les mots, le besoin de compréhension. « Pourquoi ça ne va pas dans ma relation avec mon Directeur, avec mon équipe ? Pourquoi je continue de souffrir alors que j'ai quitté cette situation depuis tant d'années ? Pourquoi je n'arrive pas à changer ma situation professionnelle, familiale, relationnelle ? Pourquoi je ne me sens pas bien ? » Toutes ces demandes sont pertinentes. D'après le mouvement philosophique de l'existentialisme, elles reflètent aussi le besoin que nous avons de donner du sens à ce que nous vivons. Nous autres humains partagerions cette contrainte existentielle de la Quête de sens (2).
Dans mon expérience, je remarque que la pression sociétale sur la valorisation des « solutions cognitives, » soutient également cette orientation vers le « pourquoi cognitif. » Ne sommes-nous pas les inventeurs en France, du « Cogito ergo sum ? » Difficile de construire un principe plus clivant, entre le corps ontologique - par lequel je suis - et le cognitif. Alors que le cognitif est pleinement une partie du corps.
Un mot : « pourquoi ? » Il est tellement essentiel ce pourquoi ! Malheureusement, il peut aussi se révéler une hydre maléfique : chaque réponse à un « pourquoi » ouvre souvent sur une autre question. Apparaît alors le risque d'inflation et d'éparpillement : trop de « pourquoi » et trop de réponses aux « pourquoi » permettent de continuer à explorer les « pourquoi. » En offrant ainsi parfois l'occasion de l'évitement du sujet principal de l'accompagnement.
S'occuper du « pourquoi » comme une manière d'éviter de s'occuper de quelque chose de plus essentiel et de réparti dans le corporel ? Le « pourquoi » permet ainsi souvent de rester dans le cognitif : difficile de « descendre dans les ressentis » quand le dialogue reste autour du besoin de mettre du sens cognitif - et souvent théorique - sur une situation vécue.
J'accueille et j'explore ce besoin de sens dans les séances d'accompagnement que je propose. Cette exploration participe aussi de l'anamnèse, par laquelle je rencontre une partie de la réalité complexe et du vécu de la personne en face de moi. Cela permet une première entrée en dialogue, avec la ou les personnes qui expriment ces demandes de « pourquoi » en ma présence. Ce n'est pas anodin, et c'est déjà une preuve de confiance : c'est à mon occasion - et dans le cadre de l'accompagnement - qu'elles expriment ce « pourquoi » de cette manière spécifique. Cela permet également de laisser s'exprimer les frustrations et les espoirs éventuels autour de ces « pourquoi. » D'aborder peut-être déjà les souffrances que traverse cette personne autour de leurs difficultés existentielles.
« Pourquoi moi ? »
Dans l'exploration de l'altérité et de l'identité ce « pourquoi » peut ouvrir sur le « Pourquoi suis-je différent ? » « Pourquoi les autres ne me comprennent pas dans ma différence ? » J'ai plaisir à accompagner dans l'exploration des différences ontologiques. Pour ma part, je considère que ce sont nos différences qui constituent nos richesses. Dans ma pratique, je constate souvent, par exemple, que la mixité dans les équipes offre une puissance créatrice plus nuancée, plus variée, et plus nourrissante pour le collectif. Quand cette mixité peut se vivre dans la fluidité de l'altérité, elle ouvre un spectre plus large d'originalité dans la création. Qu'il s'agisse d'une altérité de cultures nationales, de cultures d'entreprises, de cultures de départements dans les projets transverses, ou simplement quand la diversité ose s'exprimer dans l'individuation et le respect de chacun. Au service de l'équipe, la mixité est source de richesse.
Quand cette différence est vécue de manière souffrante en accompagnement thérapeutique, c'est également un endroit fascinant à explorer pour moi, autour de l'identité et des racines – ou de la difficulté à s'approprier ses racines – pour des personnes ancrées dans de la multiculturalité, que ce soit du fait des origines culturelles multiples de leur parents, ou de leur histoire personnelle, ancrée dans plusieurs cultures durant les phases de leur développement psychologique durant l'enfance et l'adolescence.
Par ailleurs, j'ai constaté que chez ces personnes étiquetées par la société comme « hypersensibles, » le fait d’avoir été soumis très tôt - dans la phase de développement de la petite enfance et de l’enfance - à l'afflux d’information que l’environnement ne cesse d'envoyer, génère souvent de la peur, de l'angoisse ou de la terreur. Le « pourquoi » devient alors une manière de se rassurer : mettre du sens pour relativiser le flux, comme une manière de s'anesthésier contre l'envahissement des stimulus sensoriels multiples et incessants.
Je ne prétends pas que cette problématique soit spécifique des « hypersensibles » : d'autres personnes marquées par la société dans une différence biologique, morphologique ou psychologique peuvent également appréhender le « pourquoi » dans cette direction-là. Simplement cet être au monde résonne biologiquement et psychologiquement pour moi.
Dans l'accompagnement thérapeutique – mais cela peut aussi être effleuré en coaching – le « pourquoi moi » peut enfin apparaître lors de l'exploration de violences ou de traumatismes dont les personnes accompagnées ont été victimes. « Pourquoi cela a été possible ? Pourquoi cette personne s'est comportée en bourreau ? Pourquoi moi ? » Il est essentiel pour moi d'accompagner et de soutenir cette interrogation. Non pas pour apporter des réponses, mais bien pour explorer avec la cliente ou le client comment l'interrogation même de cela - dans le cadre de l’accompagnement et à mon contact - peut déjà changer quelque chose. Dire, partager en conscience, se sentir écouté et entendu. C'est aussi en explorant le pourquoi de l'empêchement ou de la fixité dans le présent, que nous explorons les possibilités d'ouvrir le chemin de la réparation.
Je souhaitais insister sur ces éléments, pour continuer d’ancrer à quel point ce besoin de comprendre est présent dans les demandes d'accompagnements que je reçois. Et il est aussi un bel appui pour ouvrir ensemble sur d’autres dimensions corporelles, en utilisant d'autres mots.
« Pour quoi ? »
Je propose à mes clientes et mes client une première alternative d’exploration avec le « pour quoi ? » « Quel pourrait être le bénéfice de cette habitude, de cette attitude, de cet être au monde dans ce type de situation ? »
En explorant la situation et en se posant la question du bénéfice, il peut se créer une première « sujétisation » qui ramènera l'individu en situation de contact à l'environnement. Il ne s'agit plus de trouver une réponse absolue au « pourquoi », mais bien de rentrer dans la chair, dans le corps des situations, afin d'en explorer le « pour quoi : » les bénéfices individuels qu'une personne - ou une équipe - peut y trouver. Les bénéfices cognitifs, émotionnels, psychologiques, biologiques : le corps s'entend ici dans une approche holistique. Les petits pas sont de rigueur. Pour moi, c'est avec la progressivité des reformulations, des interrogations et des propositions d'expérimentation que le « pour quoi » s'ouvre.
Un deuxième élément vers lequel peut conduire ce « pour quoi » est une possibilité d’ouverture vers l’accueil. Il peut exister un jugement négatif - qui accompagne l’envie de changer - sur l’attitude répétitive habituelle. « Je ne m’aime pas quand je fais cela. » « Je me trouve nul de réagir de cette manière-là. » Explorer le « pour quoi, » le bénéfice que la personne trouve à continuer de mettre en œuvre ce comportement - qu’elle aimerait par ailleurs arrêter - permet d’ouvrir sur une possibilité d’accueil. C’est une autre manière de mettre du sens, plus situationnelle : c’est « pour cela » que le répétitif se met en place. Nous ouvrons une possibilité de l'accueillir ensemble.
Comme avec le « pourquoi, » le « pour quoi » permet également d’ouvrir sur la conscience d’autres espaces éventuels de la vie de la cliente ou du client, dans lesquels le comportement interrogé se met en œuvre. Nous apprécions alors ensemble si les motivations - et les bénéfices - en sont similaires. Cet élargissement potentiel permet de recentrer sur un bénéfice « primordial » qui se retrouve de manière transversale dans toutes les situations évoquées. Là encore, le « pour quoi » permet une prise de conscience situationnelle personnalisée, là ou le « pourquoi » risquait de rester sur du cognitif théorique et généralisé en empêchant la possibilité de faire des liens entre ces situations dans lesquelles se répète du figement.
L’espace que je trouve pour ma part le plus riche avec le « pour quoi, » c’est qu’il me permet souvent de manière plus fluide de proposer une mise en situation corporelle - quelle qu’en soit la forme. L’expression qui passe par le corps – dans la relation avec l'autre, dans le cadre de l'accompagnement - permet d’ouvrir sur les ressentis des bénéfices trouvés dans les répétitions comportementales. Cela permet souvent une prise de conscience corporelle. Il est très surprenant qu’une habitude - une émotion, une manière d’entrer en contact avec le monde - que la personne accompagnée jugeait « négative » - puisse apporter une forme de relâchement corporel, si le cadre de l'accompagnement apporte de la sécurité et du soutien. Et quand le contact devient possible avec l'accompagnant. « Pour quoi » : il existe un bénéfice à ce comportement et la personne accompagnée en a désormais fait l’expérience à mon contact, dans l’espace sécurisé de l’accompagnement.
Dans cette exploration du « pour quoi, » il est possible que nous transformions quelque chose ensemble, en vivant un contact nourrissant à cet endroit du bénéfice, dans une interaction de laquelle le toxique sera absent. Quel que soit le cas, nous avons dans cet espace d’accompagnement sécurisé la possibilité d’explorer ensemble, que ce soit du connu, de l’exploration de possibles, ou de la créativité et de la nouveauté. Ensemble.
C'est un dernier élément essentiel de l'accompagnement : le « pour quoi » peut permettre de ressentir et de mettre en situation le « ensemble, » de manière plus complète corporellement que le « pourquoi. » En effet, là où le « pourquoi » peut faire émerger la problématique de la solitude et de l’habitude de « faire seul, » qui s’est installée pour combler un manque, le « pour quoi » soulignera ce bénéfice de trouver du contact dans l'expérience d'une situation qui reconvoque des similarités avec un vécu archaïque, duquel le « ensemble » avait été absent. C'est à nouveau dans l’exploration relationnelle du bénéfice que se vivra cette exploration.
Comment ?
Dans la relation d'accompagnement - en individuel ou en groupe - c’est dans la proposition d’un autre mot que j’ouvre l'exploration de la relation, de l'ici et maintenant et dans le corps : le « comment. » « Comment cette équipe ne fonctionne pas ? Comment fonctionnait-elle quand vous étiez performants ? Comment continuez-vous à vous empêcher d'oser ? Comment souffrez-vous ? » Comment. Le « pourquoi » risquait d'ouvrir sur un échange didactique et cognitif. Le « Pour quoi » ouvrait sur la situation et risquait de rester sur le transactionnel de cette situation. Pour moi, le « comment » oriente plus facilement sur les ressentis. Dans le « comment » nous explorons ensemble les attitudes, les habitudes, les manières d'être au monde et en relation aux autres - parfois répétitives - qui troublent les personnes et les équipes que j'accompagne. Le « comment » me permet aussi de revenir au corps, dans son unité et dans les éprouvers.
Il est fluide pour moi - avec le « comment, » - de proposer la transition des mots vers le corps. Dans l'exemple du « Comment cette équipe ne fonctionne pas ? » le « comment » pointera sur les interactions, les attitudes, les postures, là où le « pourquoi » risquait d'ouvrir aux jugements et aux accusations. Le « comment » ouvre l'exploration de la situation à la relation, parfois par la proposition de mise en situation et en mouvements. Dans le « comment, » je pars de moi et j’ouvre sur l’environnement. Je ne peux pas exister sans l’environnement dans le « comment, » même si je m'en suis coupé.
Avec le comment, j'utilise un autre mot qui remet de l'altérité dans la relation : « Montrez-moi... » Je deviens alors témoin et acteur de la relation au monde de la personne que j'accompagne. « Montrez-moi, comment … » Cette invitation est ouverte, ancrée dans l’instant présent et dans le corps - et il est important de souligner ici que, pour moi, l’imaginaire et les mots sont aussi du corps.
Le « comment » est également un puissant médiateur pour proposer à la personne de sortir de la responsabilité exclusive : l’invitation est bien qu’elle me « montre comment cela se vit pour elle, » à l'occasion de la situation avec moi. Elle n'est pas exclusivement responsable de cette situation. Nous partageons la responsabilité - individuelle et commune - de ce qui va se construire entre nous. Nous organisons ensemble la relation et la forme de notre interaction dans la relation.
Prise de conscience … La conscience
Il n'est pas dans mon intention d'être didactique, ni de partager ce qui pourrait être regardé comme des absolus. Dans cet article, je n'ai pas d'intention de théoriser : je partage mon expérience. Je ne suis que dans l'intention de partager ces endroits dans lesquels je connecte à de la beauté, avec les personnes que j'accompagne. La complexité des humains et ma manière d'accompagner me laisse disponible aux émergences. Je me laisse guider par ce qui émerge des situations au cours des séances. Les prises de conscience surviennent quand cela est juste dans un moment spécifique des accompagnements quels que soient les mots, les silences et la forme du contact avec la cliente ou le client, à ce moment-là.
Pour revenir sur les mots – qui sont le fil rouge de mon article - je constate souvent que, plus que toutes autres choses, le « comment » ouvre plus volontiers sur la prise de conscience corporelle. En effet, le « comment » oriente simplement sur « ce qui est vécu, » et « comment cela est vécu dans l'environnement et à l'occasion l'autre. » « Montrez-moi comment cette équipe ne fonctionne plus. » Rien à transformer à ce moment-là : juste donner l'occasion aux personnes présentes de prendre conscience de ce qu'il se passe, et qui ne fonctionne plus comme ils le souhaitent, dans leurs relations d'équipe et dans le présent. Dans cet « ensemble » qui ne fonctionne plus.
La prise de conscience. Dans mon expérience d'accompagnement, je vis l'étape de la prise de conscience comme un moment déterminant. Quelque chose change dans le regard, dans la posture, dans la manière d'être de la ou des personnes accompagnées. Quelque chose s'ouvre. Nous ne sommes plus seulement dans la réponse au « pourquoi ? » Quelque chose de connu et s'inscrit dans les répétitions du vécu de la personne, est conscientisé dans l'ici et maintenant, au contact de l'accompagnant. Une prise de conscience et tout s'éclaire : «Voici comment je continue de rencontrer cette situation qui me gène, et qui me fait souffrir. »
Souvent, cette prise de conscience a lieu sur au moins deux niveaux. Au niveau verbal, nommer ce qu'il se passe dans ces situations permet un premier niveau de prise de conscience. Nommer le « pourquoi, pour quoi et comment » cela se passe, ancre une prise de conscience cognitive. La cliente ou le client a désormais nommé ses ressentis durant la situation, et a identifié le « comment » ses habitudes l'amènent à répéter des attitudes qui ne sont plus nourrissantes pour elle ou pour lui. Cela a été partagé avec moi. Peut-être que cela n'avait jamais été nommé - et encore moins partagé – auparavant ? En plus du nommer, le nommer avec, ensemble est un endroit de prise de conscience et d'accueil essentiel de la situation. Le « dire » articule avec les mots – littéralement – le comment de l'attitude répétitive dans une situation donnée, qui fait écho au vécu de la personne accompagnée.
Il existe un autre niveau, plus corporel et dans le mouvement – en tous cas dans la posture physique, dans la kinesis de la relation - dans lequel la personne accompagnée vit une prise de conscience corporelle, du comment elle vit une situation spécifique. C'est ce que j'appelle la prise de conscience corporelle. Je pourrais décliner sur au moins deux autres « motifs » de prise de conscience : la prise de conscience émotionnelle et la prise de conscience transgénérationnelle. Mais, d'une part, les deux sont également pour moi des prises de conscience corporelles. Et, par ailleurs, mon propos n'est pas d'être exhaustif sur les différents niveaux de prise de conscience. Je souhaitais simplement souligner l'essentialité du dialogue des mots et du dialogue des corps «unifiés, » dans cette prise de conscience.
C'est à partir de la prise de conscience corporelle que les personnes que j'accompagne travaillent avec moi à remettre de la conscience, du mouvement, de la nouveauté et finalement de la liberté, dans des situations qui avaient créées du figement. Nous sommes en route, ensemble, sur un chemin d'autonomie.
Éveilleur de conscience
C'est bien de cela qu'il s'agit, et c'est également l'objet de mon article : Accompagner les prises de conscience, en route sur un chemin d'autonomie. Voilà pour moi la quintessence de mon métier d'accompagnant : accompagner les clientes et les clients - des êtres humains - sur les prises de conscience. La conscience du comment leur être au monde se déploie, et comment il impacte sur les situations qu'ils vivent. C'est en construisant ensemble les demandes et en explorant leur être au monde autour de ces demandes qu'elles et ils amènent en coaching ou en thérapie, que nous remettons ensemble de la conscience sur leurs manières d'être. Le chemin de la transformation est déjà engagé dans cette prise de conscience : sentir comment cela se déploie est essentiel. C'est pour moi ce qui ouvre au changement.
En coaching comme en thérapie, ce sont les personnes que j'accompagne qui décident de faire le chemin et qui le parcourent pas à pas. Le chemin qui est juste pour elles : Je chemine à leurs côtés. Je suis présent pour proposer un cadre et accompagner sur ce chemin, en proposant des directions et des expérimentations qui me semblent pertinentes. J'ai l'expérience de cela. J'en ai surtout l'intuition : je travaille avec ce qui émerge pour moi et entre nous, dans la relation d'accompagnement. Mes clientes et mes clients gardent la responsabilité de leurs choix. Le choix de me faire confiance, d'y aller ou de ne pas y aller. Le choix surtout d'aller à leur rythme, à l'endroit qui est juste pour elles.
Éveilleur de conscience : celui qui chemine à côté, sur un chemin commun le temps d'une séance, pour accompagner les prises de conscience corporelles qui transforment.
Cette article naît d'une envie de partage. Il est le fruit de l'inspiration et de la rédaction par un être humain : les miennes. Un seul algorithme a été utilisé à la relecture : celui d'un correcteur orthographique simple.
Notes de fin :
(1) [C'est cette thématique du « Champ lexical » qui m'a servi de fil rouge dans le premier tome de mon livre : « Chant Lexical : Trouver les mots pour dire l'indicible »]
https://www.thebookedition.com/fr/chant-lexical-dire-l-indicible-p-417212.html
(2) « Le courant philosophique de l'Existentialisme définit cinq contraintes existentielles, dont la « Quête de Sens. » Voir à ce propos : Noël K. Salathé : « Psychothérapie existentielle : une perspective gestaltiste. »